Le deuil peut casser l’entraînement en triathlon

Le deuil ne se règle pas avec une grosse semaine d’entraînement. L’histoire de Rachel Olson, relayée par Triathlete, le rappelle brutalement : après la mort de sa mère en novembre 2024, la triathlète pro a vu son envie, sa récupération et son corps décrocher. Près de deux ans plus tard, elle a gagné l’Ironman 70.3 São Paulo 2026, avec près de dix minutes d’avance. Pas grâce à une fuite en avant. Grâce à une charge redevenue supportable.
Le corps ne fait pas semblant
Olson allait à la piscine pour pleurer au bord du bassin, faisait demi-tour à vélo et trouvait la course à pied pénible, alors qu’elle l’utilisait auparavant pour gérer ses émotions. Puis sont arrivés les troubles digestifs, l’inflammation, l’épuisement profond et des muscles qui ne récupéraient plus. Les examens ont montré des marqueurs inflammatoires élevés et une ferritine basse, ce qui a conduit à une perfusion de fer. Son cas ne permet pas de transformer chaque mauvaise séance en diagnostic, mais il dit une chose essentielle : sous un choc majeur, un athlète n’est pas juste « moins motivé ».
D’après le neuropsychologue Wilfred van Gorp cité par Triathlete, le deuil maintient l’amygdale en alerte et augmente le cortisol, une hormone stéroïde produite par les glandes surrénales qui participe à la réponse au stress. La source rapporte aussi que le deuil peut perturber les liens entre cerveau et intestin. Pour une discipline qui demande de cumuler natation, vélo, course, alimentation et sommeil, ce terrain est mauvais. On ne compense pas un système déjà sous tension en ajoutant des intervalles.
S’entraîner moins peut être le bon entraînement
Olson a pourtant tenté de tenir. Qualifiée pour son premier championnat du monde Ironman, environ dix mois après le décès de sa mère, elle a voulu courir à Kona pour l’honorer et conserver son identité de triathlète. Son entraînement était loin de son niveau maximal. Son estomac a lâché à vélo, elle a vomi pendant trois heures puis abandonné peu après le début de la course à pied. Verdict clair : vouloir que la compétition répare le reste de la vie place une pression énorme sur une course déjà difficile.
Après Kona, elle a coupé avec le triathlon pendant quelques semaines, puis choisi Kasper Pedersen comme entraîneur. Leur principe : reconstruire une base avec un volume relativement bas, une charge durable et des jours d’arrêt quand il le faut. C’est moins spectaculaire que de publier une séance héroïque. C’est aussi ce qui a permis son retour jusqu’à sa victoire brésilienne. Pour nous, le repère utile n’est pas de copier son volume, que Triathlete ne chiffre pas. C’est d’accepter qu’une charge adaptée à une période normale peut devenir absurde pendant un deuil.
Ce qui manque aux athlètes qui veulent tenir
Le piège, c’est que le sport peut aider et aggraver les choses à la fois. La psychothérapeute Hilary Bucell estime qu’un triathlon peut devenir un rituel pour accueillir la perte, tandis que Kenza Haddock alerte sur l’endurance utilisée pour épuiser la douleur plutôt que la traverser. Il n’existe pas de plan universel ni de délai propre après un décès. Et une victoire comme celle d’Olson ne clôt rien : elle décrit encore son deuil comme des montagnes russes. Le manque, ce n’est pas du mental. C’est la permission de modifier l’objectif, de lever le pied et de parler quand le corps comme la tête disent stop.
Le verdict : après un deuil, on garde le triathlon s’il soutient la vie, pas s’il sert à la fuir. Face au réflexe de forcer, la voie d’Olson, pause, coach à l’écoute et reprise progressive, est la plus solide.


